Inaniel,
Je voudrais retourner à ces premiers moments où tu n'étais pas important, juste intéressant, ces moments où tu ne m'étouffais pas le c½ur par ton emprise inconsciente et involontaire.
Je me suis noyée trois cent cinquante mille fois, et en vérité, ce n'est qu'à la dernière remontée que j'ai repris l'air, j'en ai gonflé mes poumons jusqu'à les faire exploser, et j'ai appelé ça prise de conscience, et j'ai compris à quel point je t'avais dans la moelle, dans le sang, tout ça. Et cette douleur, cette humiliation, si tu savais, oh si tu savais comme elle m'a écarté les côtes, elle m'a déchiré les muscles, et j'ai crié pour ne pas entendre le vide.
Maintenant je flotte dans ton élégante indifférence, et le seul remède éphémère c'est bien l'anesthésie totale, c'est laisser l'absurde histoire enfler dans mon ventre, la sentir sur ma nuque, lui permettre d'entrer partout. Partout jusqu'à en devenir transparente, un petit glissement à la surface glacée de l'eau.
Le pire c'est que si cela ne me rongeait pas, eh bien je t'aurai déjà écrasé mille fois, et nous aurions adoré cela, parce que toujours, au dernier moment, j'aurai arrêté mon geste.
Souvent, tu es plus Voyant que moi, qui me projette trop.
Ca doit être une habitude de préméditer. Habitude d'assassin.
J'attends le jour où tu seras effacé, ridicule. Je voudrais avoir les certitudes de l'avenir, des destins fous. Il est possible que le jour où toute l'emprise sera comme diluée, tu sois déjà loin. Je préfèrerai te savoir quelque part, dans un coin de l'existence, être sûre que dans tous les méandres on se retrouvera quelques fois, et c'est ça le mieux.
Sérénité et Raison ne viennent que trop rarement effleurer mon front.
Mêler écriture et ________, comme je le pensais il y a quelques temps, mais avec un sourire enjoué, c'est faire le cocktail le plus dangereux et, évidemment, le plus exquis.
J'ai toujours tenu mes amours à distance de mon encre, ils étaient parfois des allusions, des points de départs, ils n'étaient pas le contenu. Et j'ai eu bien raison.
Il n'y a rien de plus humiliant qu'une obsession réelle.
Inaniel, ne t'enfuis pas, j'arriverai à te distancer, sans t'éloigner.
Tu seras un délice occasionnel, voilà tout.
Je préfère quelques moments charniers avec toi à toute une vie paisible, je sais que je n'en réchapperai pas mais ce qui me rassure, et je te l'assure, Inaniel, c'est que toi non plus.