La route est la plus clichée du monde avec ses lignes jaunes (jamais blanches dans les romans, voyons!) et elle m'avale à pied un moment, puis en voiture et là, j'aurai l'impression que je l'avale à mon tour, délicieux délicieux, la chaleur est cruelle mais ce putain de monde est maso alors nous continuons sans nous abriter des vautours qui dansent des ballets d'auteurs russes ressuscités dans d'étranges circonstances, ils changent beaucoup de couleurs, violet et d'autres. On s'habitue presque à leur croassement aigu. Croa croa , les piafs, cricric le siège à ressors pété, smacksmack les amoureux, zzz zzz les policiers, shitmotherfucker le conducteur aux frontières, oh ah oh le Dean Moriarty de Kerouac est de passage, poursuivant sa route de la folie (presque ordinaire) et autres contes magnifiques. Oui, D.M. est toujours accompagné par d'autres fantômes imbibés à sa suite.
Tout ça flotte devant mes yeux et même si le ventre se creuse sous le vide, même si les bras sont brûlés personne ne songerait à en avoir assez.
Tant que l'horizon change tous les trente cinq milles...
Et que des fantômes nous rendent visite, au passage quelques uns me soufflent des mots glacés venus d'autres mondes. Ce sont des moments très beaux.
La voiture fait psssshpssshfuit en fin de journée, et en fait, c'est peut être en fin de nuit.
Nous allons rouler encore après notre mort, c'est une promesse entre nous, et nous serons comme ces fantômes qui nous accompagnent, complètement accrochés à la route