Alors tu es devant la page. Devant une plage, peut-être ? Mais non. C'est ton Inconsistance perpétuelle qui t'oblige à invoquer ces visions, à inventer des situations, des rêves éveillés et vernis, eux-mêmes très pâles, très délavés, à ton image, image passée d'une enfant qui ne peut plus être sage.
L'instant d'après est une seconde où ton état s'améliorera peut-être, où tu seras dans l'exaltation de la vie, attirée pas un détail, une sensation, un mot.
L'instant d'ensuite, enfin, est radicalement différent, il te laisse indifférente, tu le vis à moitié, et bientôt, si cette indifférence blanche se prolonge tu t'en voudras. Je te connais par c½ur.
Maintenant tu essayes de te concentrer sur ce que tu écris, dessines avec tes doigts sur la fenêtre embuée, sur la feuille de papier jaunie, salie. De plus en plus, tu es tarie et attendrissante de stupidité, tu as conscience que ce maigre talent qui te retient en vie peut s'en aller dès demain et pour toujours, mais tu ne peux profiter à fond du peu de temps qu'il t'est accordé pour créer car les obligations dominent, s'imposent décident à ta place, te vident te laissent basse, te rendent perfide, t'assèchent sans pitié. Elles pompent, ces autorités, avidement, toujours plus profond dans ce que tu as d'innocence, de créativité, de rébellion et d'original.
Tu décides alors de te projeter plus loin, de te promettre autre chose, et pour leur échapper tu changes sans cesse d'humeur, de face, tu te glisses parmi les esquisses de tes Envies, inlassablement ou presque.
Donc tu es sur cette plage. Que vas-tu faire ? Je vois bien que tu voudrais te rouler dans les vagues. Qu'est-ce qui t'en empêches ? As-tu si peur du Sel, ne veux-tu pas connaître la sensation qu'il procure, l'abandon marin, les embruns sur ton c½ur qui flouent la raison ? Bien sûr, tout cela n'est pas sans difficultés, il faudra nager loin, bien sûr ce n'est pas sans conséquences, lorsqu'ils te verront trempée, égarée, sale et recouverte de Sel, il est possible qu'ils te rejettent, qu'ils te montrent du doigt. Tu les ignoreras.
Tu cours à la rencontre des vagues, tu ris, tu es dans la Plénitude, un albatros qui tranche le ciel de sa Folie,un albatros porté par le vent chaud et salé, chargé de rêves.